Partager

Sans hésiter, à la veille des élections présidentielles françaises, j’avais lancé un appel vibrant: IL FAUT ÉLIRE ÉMMANUEL MACRON ! J’ajoutais qu’à chaque fois qua la France regagne la lumière, elle accomplit au carrefour de la paix, de la fraternité, de la solidarité, le rêve des peuples qui, de par le monde, n’oublieront jamais ce qu’elle fut, ce qu’elle est et ce qu’elle doit rester. C’est ainsi qu’il faut saluer sans hésiter et soutenir sans hésiter la candidature de ce jeune Français qui, déjà, dès le 1er tour, se détachait de tous par sa fraîcheur, son audace, sa vision, sa créativité, sa sérénité, sa culture, son universalisme, son obstination de donner une nouvelle chance à la France.

 

Il y a peu, sans doute encore pris dans la fièvre et ce besoin de s’affirmer et en France et de par le monde -ce qui est louable- le Président Macron, dans le texte, et encore dans son nuage, a prononcé ceci d’imprudent: « Quand des pays ont encore aujourd’hui sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ». Des personnes de bonne foi incontestable ont avancé que le propos visait à dire que l’enjeu principal du continent pour son développement, (et ce n’est pas le seul enjeu….) c’est la gestion de sa croissance démographique. Nous sommes dans une course entre la croissance démographique et la croissance économique. En fonction de celle qui gagnera, l’impact sur le rythme de développement serait différent.

 

Hélas, l’Afrique ne le lit pas de cette manière. Ce propos la blesse et gèle sa sympathie à l’égard d’un jeune Président dont elle espérait, d’abord le respect. La croissance démographique apporte des bras. Son moteur est l’amour, la joie, le culte de la famille. L’Afrique est inséparable de ce culte. La croissance économique apporte des moyens. Son moteur  est l’exploitation des richesses que l’on possède, leur bonne gestion et leur juste distribution. L’Afrique regorge de richesses, malgré des siècles de domination, de vols, de pillages, de crimes et de génocides. On peut être pauvre et heureux. A la vérité, ce n’est pas l’Afrique qui est pauvre. Ce sont ceux qui l’égorgent et la vident depuis plus de 500 ans, qui sont pauvres. Pauvres dans leur cœur et leur idéal de civilisation. Pauvres dans leur esprit. Pauvres comme genre humain.

 

Des réponses cinglantes et sans doute fort disproportionnées, ont été servies au jeune Président français. Ces réponses ont fait le tour du monde et proviennent de tous les pays, mêmes occidentaux. Des millions d’africains ont du mal à comprendre le propos du Président Macron, quand on se souvient, et ce sera pour toujours, du propos d’un ancien Président français du nom de Nicolas Sarkozy, qui s’était fourvoyé et par manque de culture et par manque de mesure, en proclamant que « l’Afrique n’était pas assez rentrée dans l’histoire ».

Bien sûr, je ne suis pas de ceux qui souhaitent que le nom de Sarkozy rejoigne celui de Macron, dans ce triste record de bêtises, d’inculture et d’irrespect que l’histoire scelle dans le béton de la mémoire des peuples. Le Président Macron ne mériterait pas, si tôt, une telle pendaison. Il a montré de si belles choses dans cette course à l’Élysée, qu’il serait injuste que l’on ne retienne déjà de lui que cette insoutenable imprudence d’avoir dit ce qu’il a dit. On a du mal à penser qu’il a osé prononcer ces mots. On a mal à croire qu’il a dit cela et de cette manière. Cette bourde était inutile. Presque surréaliste, venant de sa part, lui, crédité d’une solide culture, subtil et si agréablement racé. Les Africains ont trop souffert de l’irrespect des « Grands Blancs » -l’expression est de Senghor- pour laisser évidemment passer une pareille offense. Ç’en est une, incontestablement. Je suis sûr que si c’était à redire, le Président Macron ne le redirait pas. Personne en Afrique n’attendait cette posture-là de ce Macron si aimé et pour lequel on a tant prié, parce que la France ne devait pas mourir avec le FN. Elle ne devait pas s’éteindre, elle qui a donné tant de lumière au monde. On dit chez nous, que l’on ne devance pas quelqu’un, quand on sait qu’il va rebrousser chemin. Nous lui avons fait confiance. Nous l’avons soutenu sans attendre des résultats. Le Président Macron a rebroussé chemin. On le retrouve sur des routes où l’on ne l’attendait pas. Mais, malgré cette douloureuse déception africaine, mieux vaut faire bien que faire vite, pour dire que l’on doit lui laisser ses chances pour déminer lui-même de ses mains, de sa parole,  de par ses actes, ce chant dont il a rompu la mélodie. Je suis pour une génération de l’espérance, c’est à dire une nouvelle France, généreuse, ouverte, créative, audacieuse, une Afrique forte, lumineuse et qui se fait respecter ainsi que des leaders politiques européens nourris par une vision unitaire et fraternelle entre toutes les cultures et les civilisations. Tant pis si j’ai une approche attendrie et naïve du monde. Il faut éloigner du champ culturel et du respect des autres, l’instrumentalisation politique par des discours économiques désuets, provocateurs et dominants. L’esprit albo-européen dominant, habile, tricheur, corrupteur, lâche, déloyal et hautain est mort pour un nouveau monde. Cet esprit s’était enfermé dans l’adoration de lui-même. Ce temps est fini. Fini également le sentiment de malédiction d’une Afrique maudite. Macron, triomphalement, doit être l’étendard d’une nouvelle terre de justice, de respect, d’entre-aide! Nous ne quitterons plus un seul instant son regard sur l’Afrique ! Nous ne laisserons pas non plus l’admiration l’emporter sur la vérité de l’histoire. Cessons de nous entre-blesser afin de ne  pas cesser de nous aimer.

Le Président Macron est arrivé trop beau, trop jeune, trop intelligent, trop sympathique, trop prometteur, pour ressembler aux autres, à tous les autres, pour se faire passer si tôt et si vite pour un cambrioleur. Le 1er mur à élever est celui de l’égalité et du respect des autres et de leur culture. Étonnant de partir d’un excès de démographie pour condamner un continent à rester au fond de l’abîme! La France affaissée et si vieillissante n’a pourtant pas bonne mine économique. La bonne mine de la France, c’est Emmanuel Macron ! Il en assume le destin et en porte l’avenir, ce qui le grandit. Il ne peut pas décevoir. Il n’a pas voulu « rétrécir » l’Afrique, c’est mon intime conviction, mais il lui a fait mal. Pour vivre ensemble, il faut partager la même aventure humaine, en se rapprochant, en se respectant. Il est temps pour ceux qui sont les héritiers de la colonisation de se « décoloniser » l’esprit, les premiers, face à ces fagots de concepts dominants et ces écarts de langage devenus intolérables et inacceptables. L’Afrique, comme d’autres continents hier asservis, blessés, pillés, ne peuvent plus l’accepter. Le Président Macron, le premier,  comme jeune Président, doit conduire cette réconciliation et marquer deux fois l’histoire. Il n’a pas besoin de passer par la « démographie », pour condamner l’Afrique. Pour ma part, ce qu’il a dit ne multipliera pas son travail et son ambition pour l’Afrique par zéro. Son arrivée au pouvoir doit rassurer, apaiser et développer la France, d’abord! Macron n’est pas un chef de meute contre l’Afrique. Il ne peut pas l’être. Nous lui prêtons une belle grandeur morale. Et n’oublions pas que dans toute ruine, il y a une aurore. Remettons donc notre épée dans le fourreau et travaillons ensemble ! Il s’y ajoute, pour le dire autrement qu’Achille Mbembé, que l’Afrique est désormais devenue, d’abord, une question africaine bien plus qu’une question française, européenne, américaine ou asiatique. Nous ne sommes plus condamnés à ce qui existait avant nous. Ceux qui croient le contraire, ont déjà baissé et les bras et surtout le cœur. Ils ont tourné le dos à l’avenir. Ils sont déjà morts. L’Afrique est condamnée à se prendre elle-même en charge. On se demande chez nous que faire, quand celui qui vous a prêté des ailes pour voler, vous les retire en plein ciel ? Non, c’est bien fini l’Afrique comme zoo culturel et comme bar piteux au vin pourri.

L’autre vérité à dire ici, l’occasion faisant le larron, c’est qu’en Europe, au sujet des migrants, le problème est que les pauvres qui déferlent « entrent en concurrence avec des populations européennes plus pauvres encore qu’eux ». Alors, tout est converti en problématique identitaire, parce que plus facile et plus captif comme outil de manipulation politique. Le miracle, c’est que la jeunesse européenne refuse d’être ainsi programmée pour cultiver le racisme et le rejet. Ceux qui attisent ce feu de la haine, du rejet et de la peur des hordes migrantes, fuient la culpabilisation et veulent que ce soit plutôt les pays africains ou arabes qui se culpabilisent. L’Europe se barricade et comme des barrières que l’on dresse, elle bouche et ferme son propre horizon sans se rendre compte de son enfermement mortel, du danger d’une telle posture et de la hauteur de sa propre misère fraternelle. Le metteur en scène sud-africain Brett Bailey, le résume crûment et de fort belle manière dans son spectacle « Sanctuary ». Sa théorie est inspiratrice et pleine de courage et de vérité.

 

Souhaitons au Président Macron que les défis qui l’attendent, la vieillesse de la population française, l’arrivée d’une jeunesse désenchantée, pauvre et angoissée de son avenir, la montée hérissée du chômage, la fragile colonne vertébrale de l’économie française, la vague encore moussante du terrorisme, l’état d’une Europe crispée et divisée, que tout cela et que tout ceci ne le rendent grave et vulnérable avant l’âge. Il est venu avec le soleil !

 

La France qui, depuis des décennies, ressemble à elle-même, a besoin de son jeune et prometteur Président pour lever le chant du bonheur. Et ce brillant jeune Président qui a beaucoup lu, ne doit jamais oublier que c’est sur les territoires de l’esprit que se jouent la paix et le destin des nations.

 

Faisons, sans avoir ni la culture du vaincu, ni celle des éternels nègres enfants naïfs, ni celle de ceux qui pardonnent toujours, que cette histoire au mauvais visage finisse bien et que ce qui nous attend ensemble pour bâtir notre avenir commun, soit le plus fort et le plus beau.

 

Monsieur le Président, nous vous laissons encore dans nos cœurs une maison aux portes ouvertes et aux volets ouverts. A vous de choisir de fermer les portes et de baisser les volets. Nous vous avons soutenu et sommes encore prêts à le faire, comme ces millions de français qui ont voulu que vous redonniez à la France non la lumière des bougies mortes, mais ce grand feu qui a fait d’elle une grande et belle nation. Bonne route, le soleil est déjà haut !

Amadou Lamine Sall

Poète Lauréat des Grands Prix de l’Académie française

LEAVE A REPLY